L’impact du nouveau règlement RDUE sur l’industrie forestière européenne

Équipe ProPopulus

Le récent Règlement de l’Union européenne sur la déforestation et la dégradation forestière (RDUE) a déclenché une série de changements significatifs dans l’industrie forestière, dans le but de promouvoir la durabilité et la conservation des ressources naturelles. Dans cet article, nous analyserons comment ces réglementations affectent les entreprises du secteur et quelles mesures elles doivent prendre pour se conformer aux nouvelles exigences.

Prenant le relai du Règlement Bois de l’Union Européenne qui interdisait la mise sur le marché UE de bois récoltés illégalement ceci depuis 2013, une des principales modifications introduites par le RDUE est l’extension de la liste des produits concernés aux soja, bœuf, huile de palme, caoutchouc, cacao et café. (Cliquez ici pour consulter la liste détaillée).

Cela signifie que les produits bois ou dérivés de bois importés ou vendus sur le marché de l’UE doivent faire la preuve que leur production n’a pas contribué à la déforestation ou à la dégradation des forêts. De plus, ces produits doivent avoir été produits légalement, y compris selon des aspects sociaux, dans leurs pays d’origine.

Opérateurs et commerçants soumis à la preuve de diligence raisonnée

A la différence du RBUE qui ne s’adressait qu’au 1er metteur sur le marché de l’UE, le RDUE s’adresse à toutes la chaine de valeur et stipule que les opérateurs et les commerçants, c’est-à-dire toutes les entreprises qui placent des produits bois et dérivés sur le marché de l’UE, doivent tracer leurs approvisionnements et faire la preuve qu’ils ont réalisé une diligence raisonnée. Cela implique de réaliser une analyse des risques pour s’assurer que ses approvisionnements n’ont pas concouru à la déforestation ou la dégradation forestière et, le cas échéant de prendre toutes les mesures nécessaires pour réduire ce risque avant de mettre les produits sur le marché.

De plus, les exigences liées à la Diligence Raisonnée ont été étendues et intègrent notamment la collecte d’informations sur la géolocalisation des parcelles où le bois a été récolté, ainsi que la date ou la période de production, le nom scientifique des essences de bois.

Nouveau également, les opérateurs devront soumettre une déclaration de diligence raisonnée via un système d’information mis en place par la Commission européenne pour obtenir l’autorisation de mettre leurs produits sur le marché de l’UE ou de les exporter vers des pays tiers.

Le RDUE entrera en vigueur le 1er janvier 2025, avec une période de transition de 3 ans pour le bois récolté avant l’entrée en vigueur du texte, au cours de laquelle le RBUE continuera de s’appliquer.

Impact sur l’industrie forestière

Pour les entreprises du secteur forestier, le respect de ces réglementations présente à la fois des défis et des opportunités. Le processus de diligence raisonnée nécessitera des investissements importants en termes de ressources humaines et technologiques pour collecter et vérifier les informations nécessaires. Mais la conformité au RDUE peut améliorer la réputation des entreprises en démontrant leur engagement en faveur de la durabilité et de la responsabilité environnementale et sociétale.

Le RDUE aura également des impacts en termes de commerce international. Les entreprises exportant des produits en bois vers l’UE devront se conformer aux exigences du règlement, ce qui peut influencer les relations commerciales avec les pays producteurs. Les entreprises ayant déjà des pratiques durables peuvent en bénéficier en démontrant la traçabilité et la légalité de leurs produits, ce qui leur donne un avantage concurrentiel sur le marché européen.

Les entreprises n’opérant qu’avec du bois d’origine nationale à l’intérieur de l’UE ne sont pas exonérées et doivent se conformer au RDUE quand elles mettent leurs produits sur le marché. Cela souligne l’universalité du règlement et son impact sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, notamment en produits en bois.

Alors que le secteur forestier cherche des alternatives pour mieux répondre aux exigences du RDUE, la populiculture émerge comme une stratégie tactique. Le peuplier, réputé pour sa croissance rapide et sa polyvalence, représente une alternative pertinente à des sources plus traditionnelles de bois de régions à risque plus élevé.

Le peuplier comme une alternative solide

Au milieu d’une révision réglementaire, investir dans le renouvellement des forêts et des plantations de peupliers apparaît comme un mouvement stratégique pour l’industrie forestière européenne. Avec environ 450 000 hectares de forêts de peupliers dans l’UE, principalement concentrés dans les pays méditerranéens, la culture du peuplier offre une matière première durable d’origine locale qui répond à un besoin urgent de sources de bois durables.

Investir dans la culture du peuplier répond non seulement aux demandes du marché, mais favorise également la durabilité et la croissance économique. Les forêts de peupliers durables créent des emplois et soutiennent le développement rural, s’alignant ainsi sur des objectifs de durabilité plus larges. De plus, la renouvelabilité et le recyclabilité du peuplier permettent de réduire la dépendance aux ressources finies, offrant ainsi une solution à long terme pour répondre aux demandes des marchés tout en atténuant les impacts environnementaux et sociétaux.

Défis et opportunités

Une préoccupation commune est de savoir si les systèmes informatiques nationaux ou individuels d’entreprises seront interopérables avec le système mis en place par la Commission européenne.

Jusqu’à présent, il semble qu’il n’y aura pas d’interopérabilité directe, mais des efforts sont déployés pour demander cette fonctionnalité et faciliter le processus pour les opérateurs. Selon les informations les plus récentes disponibles du Groupe d’experts de la Commission sur le RBUE et le RDUE, il y aura une API dont les spécifications techniques devraient être publiées en mai et les tests devraient commencer au mois de juillet.

Source: Comisión Europea

Il existe également de nombreux autres défis dans l’application du règlement, car il y a un grand niveau de complexité à la fois dans les produits forestiers et dans les autres chaînes d’approvisionnement en produits concernés, ainsi que lors de la transformation de ces produits. La Commission européenne tente de répondre à certaines de ces questions en publiant des Foires Aux Questions.

En résumé, le nouveau règlement représente une avancée significative dans la promotion de pratiques durables dans l’industrie forestière. Bien qu’il pose encore aujourd’hui de grandes questions, il offre également des opportunités pour améliorer la transparence, la traçabilité et la responsabilité dans la chaîne d’approvisionnement en produits en bois.

En respectant ces exigences, les entreprises peuvent également renforcer leur position sur le marché mondial en tant qu’acteurs engagés dans la conservation de l’environnement et la durabilité à long terme.

Que se passe-t-il

Tags

Catégories